Témoignage de Marie, mère et salariée

Témoignage de Marie, mère et salariée

Découvrons aujourd’hui Marie, maman de 4 enfants et salariée dans la même entreprise depuis plusieurs années.

Parce que notre paysage professionnel n’est pas composé uniquement d’auto-entrepreneure et de freelance, il me semblait important de donner également une image du monde du salariat.

Marie a vécu des changements de postes, d’emploi du temps au rythme des grossesses. Elle évoque le monde de l’entreprise, la difficulté de se faire une place en tant que femme et jeune maman, la possibilité de moduler son temps de travail.

J’adore la philosophie et la conclusion de Marie, merci pour ces réponses si riches et personnelles! Pour être honnête avec vous, Marie m’a laissé carte blanche pour faire des coupes dans ses réponses mais je n’ai pas vraiment pu. Vous verrez, tout est intéressant.

Présentation rapide

Je m’appelle Marie, j’ai 35 ans. Je vis en Alsace depuis 10 ans avec mon mari et nos 4 enfants de 9, 8, 5 et bientôt 3 ans.


Poste actuel

Je travaille depuis 10 ans dans une entreprise qui fabrique des chaussures de sécurité. Aujourd’hui, je gère le cycle de vie des produits (suivi de lancement en production d’une nouvelle gamme de chaussures, arrêt d’un modèle vieillissant en lien avec la production, les approvisionnements et les clients, et de façon générale transmettre les informations commerciales à la production pour avoir les bonnes chaussures au bon moment en stock ).

J’assure aussi une partie achats pur : planification, achat et approvisionnement auprès de notre fournisseur Indien. Je travaille à 70% d’un 35h, un rythme que je trouve maintenant idéal après en avoir testé plusieurs !!

Tes études

J’ai toujours eu beaucoup de mal à choisir une orientation professionnelle. Au lycée, je rêvais d’être pilote de chasse, vétérinaire ou interprète, et à défaut d’idée très claire, j’ai fait une prépa « Hypokhagne B/L ». Puis par défaut j’ai fait une maîtrise de Langues Etrangères Appliquées anglais / espagnol / chinois, toujours sans savoir quoi faire plus tard ; on ne peut pas franchement parler de vocation !!

Au fur et à mesure de mes études, je me suis passionnée pour la géopolitique et les institutions internationales. Je m’imaginais bossant à l’ONU ou pour une ONG aux 4 coins du monde et la vie de couple ou de famille n’entrait pas vraiment dans mes projets. J’ai pas mal voyagé à cette période là et j’adorais ça au point de vouloir ne faire que ça plus tard. N’importe quel métier mais une carrière internationale!!

Et puis…

J’ai rencontré celui qui allait devenir mon mari et c’est sans difficulté que j’ai mis de côté mes idées de grande voyageuse sans attache pour lui.

Notre période de fiançailles nous aura permis de réfléchir à ce qui était l’essentiel à nos yeux. C’est une réflexion qui m’a servi souvent et me sert encore aujourd’hui pour éviter de nourrir des frustrations. Notre projet dès le départ était de fonder une famille, tout en s’épanouissant dans le travail mais pas au détriment du couple ou des enfants !

Ton parcours professionnel

Après mes études et quelques CDD, nous avons emménagé en Alsace. J’ai alors trouvé un poste en remplacement de congé maternité, dans l’entreprise de chaussure dans laquelle je travaille encore. Après quelques mois, j’ai été enceinte de ma fille aînée, et je suis partie en congé mat’ avec une promesse d’embauche en CDI en poche à condition de revenir dès la fin des 10 semaines de congés maternité.

J’ai donc redémarré un nouveau boulot de chef produit à temps complet ; en laissant ma fille de 10 semaines à la crèche ; mon mari étant parti pour 4 mois.

J’avoue que c’était hardos mais en même temps très stimulant. Je devais faire mes preuves car mon prédécesseur était un homme et beaucoup de réflexions fusaient sur le fait qu’une jeune maman sans expérience ou connaissances techniques puisse assurer à ce poste (exemple de réflexions pas très fines : « toi, tu connais pas ça Bac+12 ? » de la part de mon collègue au Bureau d’Etudes, « c’est marrant qu’ils aient choisi une nana pour me remplacer, mais t’as pas l’impression d’abandonner ton bébé ? » de la part de mon prédécesseur, et j’en passe…).

Une deuxième grossesse

Avec mon mari, nous avions envie d’enfants rapprochés (toujours se rappeler le projet de départ !) et 9 mois après mon embauche, il a fallu que j’annonce ma grossesse à mon patron. Ça a toujours été un moment très stressant pour moi, je crois que les femmes ont tendance à énormément culpabiliser dans ces cas-là ; en tout cas je suis comme ça ; pourtant mon boss a toujours super bien accueilli ces annonces, c’est une vraie chance par rapport à certaines entreprises.

J’ai repris mon poste à 60% aux 2 mois et demi de mon fils tout en continuant l’allaitement car la crèche était juste à côté de mon entreprise. (Il faut savoir que jusqu’au 1 an de l’enfant, la salariée peut disposer d’un aménagement de son temps de travail pour allaiter ; plus d’infos là : Une salariée peut-elle allaiter pendant ses heures de travail?)

Cela n’aura pas duré longtemps car j’ai dû partir en Tunisie un mois après mon retour au boulot sans avoir pu préparer le sevrage.

Pendant que mon mari gérait le passage au biberon à la maison, je me suis retrouvée dans les ateliers de cuirs tunisiens surchauffés, avec des montées de lait épouvantables en tentant de ne rien laisser paraître aux dizaines d’hommes autour de moi qui déjà se demandaient pourquoi ils devaient recevoir des ordres d’une nana ! Le genre de situation que je ne suis pas prête d’oublier.

Toute l’année qui a suivi, je me suis vraiment éclaté professionnellement. Mon mari préparait un examen et donc passé beaucoup de temps à la maison, donc j’ai pu enchainer les déplacements, en Tunisie, Espagne, Italie ou sur des salons professionnels. J’étais en moyenne absente une semaine par mois avec un boulot que j’adorais : la conception des nouvelles gammes de chaussures (design, choix des matières, suivi de la production un peu partout…) et pendant ce temps mon homme gérait les enfants, le quotidien et la maison. Je lui en suis très reconnaissante et je sais qu’il ne l’a pas subi non plus !

Mais l’idée d’une famille nombreuse était toujours là pour nous deux et c’est ainsi que notre petite 3ème est arrivée.

Pour la première fois, j’ai prolongé mon congé mat’ par 6 mois de congé parental pour prendre le temps de pouponner.

J’ai ensuite repris à 80% mais j’ai demandé à changer de poste. Avec 3 enfants, sachant que mon mari avait repris un rythme opérationnel avec beaucoup d’absences, ça ne me paraissait pas raisonnable de reprendre mon ancien travail. J’ai donc occupé une fonction marketing, un peu frustrante car je voyais ma remplaçante (célibataire et sans enfants !) s’éclater à son tour.

Un an après je me suis retrouvée en arrêt dès le début de ma 4ème grossesse et je sais que de nombreuses critiques ont été dites en mon absence : comme quoi on ne peut pas avoir une famille nombreuse et continuer à bosser, que 4 enfants c’était de la folie, que j’aurais mieux fait de rester à la maison… mon retour après mon congé mat n’a pas été très simple non plus, tout le monde m’a déconseillé de reprendre le boulot immédiatement et j’ai souvent entendu des remarques de type « en même temps bosser avec 4 enfants tu t’attendais à quoi ? » quand je dis que c’est un peu la course.

Arrêter de culpabiliser

Ceci dit la grande majorité de mes collègues sont au contraire très bienveillants et je ne prête plus trop attention aux réflexions : aujourd’hui je suis dans un service super sympa et c’est un endroit où je ne suis plus « la femme de » ou « la maman de », mais seulement moi, et ça, j’en ai vraiment besoin.

Je ne pense pas avoir un parcours de dingue, par rapport à d’autres témoignages parfois fous. Mais je pense qu’à certaines périodes, ça m’aurait fait du bien de savoir que c’est possible de bosser en entreprise avec une famille nombreuse, que le plus important est de se faire confiance et d’écouter ses envies. Et puis aussi d’arrêter de culpabiliser : si les enfants sentent leurs maman épanouie, ils le seront aussi ! Alors je le dis 😉

Avantages et inconvénients de ton Statut

Pour moi, le plus gros avantage à être salariée dans une entreprise c’est avant tout la sécurité : le salaire qui tombe tous les mois, le cadre légal d’un contrat en CDI, etc… j’ai en plus une mutuelle d’entreprise et un 13ème mois, ce qui ne gâche rien !

Au-delà de l’aspect matériel, j’aime l’idée de m’inscrire dans l’histoire et la vie d’une entreprise, qui existait avant moi et continuera après moi, je ne suis pas du tout attirée par le statut d’indépendant car je craindrais trop la solitude (mais j’ai beaucoup d’admiration pour celles qui franchissent le pas, il faut un sacré courage !!!).

L’inconvénient c’est le manque de souplesse : je n’ai que 5 semaines de congés en tout et pour tout et si un enfant est malade ou une maitresse absente, ça fait dérailler toute la mécanique bien huilée de mon organisation.

Cela implique une gestion du temps assez corsée. Comme mes congés sont souvent utilisés pour garder les enfants quand ils sont malades ou que la nounou est absente (même si de ce côté-là j’ai une crème !), mes loulous trouvent que je ne suis presque jamais en vacances avec eux (à part 3 semaines l’été, c’est vrai que  c’est très rare !)

Routine/organisation au quotidien

Le choix primordial que nous avons fait dès ma 2ème grossesse et qui facilite toute notre organisation c’est d’avoir acheté une maison proche de mon boulot.

Le fait d’avoir réduit tous les temps de trajet à zéro ou presque, rend tout plus simple :J’ai le temps d’emmener les enfants à l’école et le petit dernier chez sa nounou (5 minutes à pied), puis je suis à 10 minutes à vélo de mon entreprise (trajet que j’aime faire avec mon biporteur chéri, même si l’hiver je prends le plus souvent la voiture).

Je récupère tout le monde au même endroit le soir. Le tunnel bien connu des parents s’enchaine alors à toute vitesse : bains/devoirs/dîner/dodo.

Quand mon mari est présent, on se répartit les taches. Par contre quand il n’est pas là c’est un peu rock n’roll et mon organisation consiste surtout à ne pas perdre la tête et répondre aux 4 qui me sollicitent en même temps !!

L’avantage de bosser à l’extérieur, c’est que la maison se salit moins et les pièces restent un peu plus facilement rangées (enfin ça c’est la théorie.) Pendant un temps, je consacrais les mercredis au ménage, rdv médicaux, courses etc… moralité les enfants étaient fatigués, frustrés et on n’en profitait absolument pas. Maintenant, j’en ai fait vraiment la journée consacrée aux enfants et on se débrouille le we pour caler courses/rangement/ménage et ça fonctionne comme ça.

Pour les courses, je fais une fois par mois un gros drive avec les produits de « fond de placard » (pates/riz/lait, etc…) et pour les fruits et légumes, je vais de plus en plus souvent à une vente directe à la ferme avec mes collègues le midi. Je crois que l’improvisation fait définitivement partie de ma façon d’être alors le week-end, ça m’arrive de préparer une soupe / un gratin ou une quiche maison à l’avance mais le reste c’est au feeling : simplissime la semaine et plus recherché le we car j’adore cuisiner.

Les enfants participent tous à la vie de la maison selon leur âge 

Ils ont chacun un jour de « couvert » comme ça plus de dispute pour savoir à qui c’est le tour de mettre la table. Pour le reste j’utilise des « points de bons comportement » : par exemple, celui qui me vide le lave vaisselle sans que je le demande peut recevoir un point un remerciement et au bout de 5 à 10 points, il a droit à un temps particulier avec moi : faire un gâteau ensemble ou de la pâte à sel !

C’est aussi l’occasion de consacrer du temps personnel à chacun, ce qui est toujours un challenge avec 4 enfants et un emploi du temps bien chargé !

objets ou applications indispensables à ton organisation

L’objet que j’ai mis du temps à imposer mais qui est devenu un indispensable c’est le grand calendrier « Memoniak » familial sur le frigo : tout le monde y a pris gout et s’en sert.

Les enfants ont le réflexe d’écrire « prévoir pique nique » ou « anniversaire copain, acheter légos » par exemple, mon mari note, (efface, re-note, remplace) ses contraintes pro… c’est devenu mon repère.

L’inconvénient c’est que si un rdv n’est pas noté dessus, aucune chance de s’en souvenir, ce calendrier a remplacé mes derniers neurones disponibles !!!

Un mot/conseil à ajouter?

Chaque naissance, chaque changement dans nos vies entrainent des questionnements, il ne faut pas avoir peur de remettre tout à plat, les choix qui correspondaient à un moment ne sont pas figés dans le marbre.

Par contre, il ne faut pas perdre de vue nos envies et ce qui est essentiel pour nous. Le risque, c’est le regard des autres : hésiter à l’idée d’agrandir sa famille par peur des réactions de son boss, ou à l’inverse ne pas oser reprendre le boulot parce que tout le monde nous dit que ce sera trop compliqué à gérer avec des petits…

A l’inverse, je dis : tu veux t’épanouir dans le travail ? Fais-le, il y a forcément un poste fait pour toi. Tu éprouves le besoin de te consacrer à ta famille ? Fais-le, il y a un temps pour tout ! J’ai une collègue qui a repris un travail après 15 ans à la maison à s’occuper de ses enfants et elle est devenue directrice export, ma maman a fait une licence pro à 50 ans et s’est mise à travailler dans le domaine qui la passionnait après 25 ans au foyer !

Longue vie à Polymères et à vos projets !


Un grand Merci Marie d’avoir répondu à toutes mes questions, c’est tellement enrichissant de découvrir l’univers et la façon de fonctionner de chacune. Je l’ai dit en préambule mais je le redis à nouveau: j’aime ta philosophie.

Si vous n’avez pas encore lu le témoignage de Marie-Bénédicte, qui a créé son entreprise, c’est par ici.

Merci à toutes pour votre soutien, si vous voulez témoigner à votre tour, n’hésitez pas à laisser un commentaire ici ou sur le compte instagram de @poly_mères.

Belle journée

Pascaline

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